Community • 07.09.2026
Après une longue carrière, Patrick Cazal (55 ans) souhaitait en réalité lever le pied. Au lieu de cela, le champion du monde français a trouvé à Genève un nouveau défi – et avec lui, le plaisir du handball. Ce qui le retient et pourquoi il a encore de grandes ambitions avec Chênois.
Vous avez été champion du monde et marqué le handball français, tant comme joueur qu’entraîneur. Qu’est-ce qui vous a poussé à ouvrir un nouveau chapitre en Suisse ?
J’ai eu un parcours qui m’a permis de vivre beaucoup d’opportunités, comme joueur puis comme entraîneur. Mais c’est aussi un métier très exigeant, dans lequel je me suis toujours investi à cent pour cent, sans m’arrêter. À un moment, j’ai ressenti une forme de fatigue et de lassitude. J’avais le sentiment de ne plus être aussi performant qu’avant et j’avais besoin de prendre du recul, de me ressourcer et de réfléchir à la suite. Mais finalement, cette pause a été de courte durée.
Vous étiez chez vous à la Réunion lorsque Chênois vous a contacté ?
Exactement. J’étais auprès de ma famille, lorsque Simon Aeschbacher m’a appelé pour me présenter son projet et m’inviter à Genève. La démarche était assez atypique, mais c’est justement ce qui m’a plu. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas aller voir ? » Au final, il a su me convaincre… et je suis resté (rires). Jusqu’à aujourd’hui, je ne regrette pas une seconde cette décision.
Vous avez repris une équipe qui luttait contre la relégation et l’avez menée jusqu’à la troisième place de LNB, avec même un espoir de montée en QHL. Quel bilan tirez-vous de cette première saison ?
J’avoue avoir ressenti une certaine frustration de terminer « seulement » troisième. Au vu de la qualité de l’effectif et de la progression réalisée tout au long de la saison, je pense que nous avions le potentiel pour faire encore mieux. Les points perdus lors du dernier tiers du championnat, je les assume aussi : j’ai sans doute demandé davantage de résultats que de plaisir au bon moment. L’équipe n’était pas encore prête pour cette étape. Malgré cela, je suis fier de la manière dont les joueurs se sont battus jusqu’au bout pour conserver cette troisième place. Pour moi, cette saison a aussi été un véritable saut dans l’inconnu : nouveaux joueurs, nouveaux adversaires, nouveau championnat, nouvelle culture sportive… J’ai beaucoup appris et cette expérience a été extrêmement enrichissante.
Vous avez connu le très haut niveau en France, avec des structures très professionnelles. Quelles sont, selon vous, les forces du handball suisse ?
Les moyens et les conditions de travail ne sont évidemment pas comparables à ceux des meilleurs clubs français, encore moins en LNB. En revanche, j’ai été agréablement surpris par le niveau et la vitesse du jeu en Suisse. Ce qui m’impressionne surtout, c’est la place accordée aux jeunes. En deuxième division, beaucoup de joueurs très prometteurs obtiennent du temps de jeu et prennent déjà des responsabilités. En France, cette philosophie est différente et, à mon sens, cela se ressent ensuite dans les équipes nationales de jeunes.
Et où voyez-vous encore une marge de progression ?
Je pense que le principal chantier reste la professionnalisation. À mes yeux, la Suisse accuse encore quinze à vingt ans de retard sur la France dans ce domaine. Pour continuer à progresser au niveau européen, il faudra développer les infrastructures, accroître la visibilité du championnat et renforcer les ressources des clubs. Les initiatives que j’ai découvertes à Chênois vont clairement dans cette direction, et c’est l’une des raisons qui m’ont convaincu de rejoindre ce projet.
Au-delà du niveau sportif, qu’est-ce qui vous a le plus surpris en Suisse ?
Je connaissais très peu la Suisse, même si j’avais affronté Pfadi Winterthur en Coupe d’Europe dans les années 1990. Le pays m’a agréablement surpris. Les paysages sont magnifiques et Genève est une ville dans laquelle je me sens très bien. Quand j’étais jeune, j’aurais aimé devenir architecte. J’aime donc beaucoup l’architecture des villes suisses, leurs couleurs et leur caractère. Et lorsque je prends un café au bord du lac, avec les montagnes en arrière-plan, j’ai parfois l’impression de retrouver un peu de mon île de La Réunion.
Vous avez prolongé votre contrat avec Chênois jusqu’en 2030, malgré des sollicitations venues de l’étranger. Pourquoi ce choix ?
Lorsque je suis arrivé à Genève, je ne suis pas venu uniquement pour entraîner une équipe, mais pour participer à un projet global. Le club nourrit de grandes ambitions, que ce soit pour son académie ou pour ses futures infrastructures. Avec la rénovation de la salle de Queue-d’Arve, l’objectif est de construire un effectif capable d’évoluer durablement en QHL. Mon ambition est d’accompagner Chênois jusqu’à l’élite, puis de l’y installer. C’est un vrai défi, mais c’est précisément ce type d’aventure qui a ravivé ma passion pour le handball.
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